les conditions d’existence d’une gauche sociale

14 juin 2008

Le sénateur Robert Bret, du PCF, dans le journal La Marseillaise, a publié une déclaration dans la presse et reprise sur le net , expliquant pourquoi il ne se présentera pas à sa propre succession aux sénatoriales prochaines.

Dans cet article il explique son itinéraire, son travail d’élu et l’impasse qu’il ressent dans la gauche actuelle. Il essaye, face au désastre qui a secoué la gauche française (on peut tracer parallèle avec ce qui c’est passé en Italie), de rompre avec la confusion qui secoue son parti actuellement.

Toutefois un problème essentiel me semble mal posé, celui des appareils, leurs relations à l’état, la question du tissu social organisé des travailleurs qui est actuellement dans un terrible état, déchiré et malmené.

Cet aspect tient en partie à mon sens du fait que la vie de bien des militants et surtout des élus à été façonnée par un modèle né bien avant eux et né de conditions pour lesquels le regard s’est bien égaré sur de multiples pentes (la social-démocratie, le stalinisme, deux faces d’une même médaille dans leur positionnement) au point d’en méconnaitre l’essence même, l’organisation large de la classe exploitée, ses poussées et temps forts.

 

Ce que j’en pense,

Les conditions d’existence d’une gauche sociale,

 

image.jpg La question de la confusion avec laquelle Robert Bret souhaite rompre est un peu comme une tumeur rebelle avec ses multiples racines et pour laquelle il faudra bien traiter toutes ramifications.

Non pas en malmenant les hommes et les femmes qui ont une jambe de chaque côté de la faille qui s’écarte .

Mais en reprenant pas à pas ce qui est acceptable de ce qui ne l’est pas, et ensuite reconstruire un sujet qu’on a malmené, nié, épuisé et abusé des dizaines d’années , s’imaginant qu’on pouvait en dilapider les forces sans conséquences….

Ce sujet a été la force de la classe ouvrière, organisée et indépendante.

On s’est imaginé qu’il y avait d’autres moteurs à la conquête sociale que cette force autonome, démocratique et éprise de liberté par essence, d’une classe avec ses accumulations historiques dans de grands mouvements et batailles sociales, on s’est imaginé que le centre pouvait lentement et inexorablement se déplacer vers des appareils, des mandats aussi honnêtement fussent-ils menés, une intégration toujours accentuée dans l’appareil d’état.

Il n’en est rien. Les élus ne sont rien, l’appareil dirigeant n’est rien, leur travail ne vaut que si le mouvement social leur tient la plume et leur fourni la salive de l’envolée lyrique. Du moins pour la classe ouvrière montrant ainsi combien cette classe est différente de la classe bourgeoise qui se nourrit aisément et par sa nature même de l’autocratisme et de l’autonomisation par rapport au peuple. Il y a là comme une différence de fond entre les deux classes. Quand des partis et organisations ayant pour objectifs le socialisme ou la défense des travailleurs s’écartent de cette situation il ne font que se rapprocher du capitalisme.

La leçon dure et cruelle de ces dernières décennies est que seule compte l’autonomie et la puissance de l’organisation de la classe ouvrière, les deux aspects se nourrissant l’un de l’autre (autonomie et puissance). Bardé de bonnes intentions, l’oubli de ces principes de base, même construit dans la convivialité et l’honnêteté, ne pouvait mener à long terme que là où nous en sommes actuellement.

L’appel de Politis , malgré des accents vigoureux et louables, ne résout aucune des deux conditions nécessaires pour que la gauche retombe sur ses deux pattes de derrière : il n’est pas étanche et ne travaille que de guingois à la reconstruction d’un sujet efficace et puissant, indépendant des allées et traverses de l’état. Il hésite et a du mal à trancher sur ce qui permettra de reconstruire. Dans ces premiers signataires on retrouve des privatisateurs du temps des gouvernements de gauche, des TCIstes (Traité ultra-libéral, anti-social et anti-démocratique) à côté de militants d’avis inverses, sans indices sérieux que les premiers, à la première occasion, ne recommencent pas les mêmes errements.

La confusion demeure donc pleine et entière. Et cette démarche n’est pas encore l’initiative unitaire qu’on puisse attendre et qui garantisse à la population que ce qui lui fit tant de mal et prépara le retour de la droite ne se reproduise pas (la foi du charbonnier ne suffit pas et dire qu’on ne recommencera pas ne ressort pas d’une démarche crédible).

Travailler à un mouvement révolutionnaire, qu’il ait plusieurs morceaux galopants vers de mêmes confluences, soit.

Mais à condition que ceux-ci travaillent à cette puissance et cette indépendance du tissu organisationnel de la classe populaire, seule à même d’avoir force de se dresser à hauteur suffisante pour adoucir le quotidien comme de dégager, élaguer le chemin vers une société plus humaine. Sans sujet historique de ce type, différend complètement de la notion de parti, organisé à même hauteur que l’état, il n’y a pas de rival au règne du capital, pas de rival à l’état tel que nous le connaissons.

Se couler dans le costume de l’état , ou des vêtures toutes chaudes de parlementaires de droite ne constituent pas émergence d’une autre société plus démocratique (ça se saurait si cela était).

Retisser un corps social, retisser l’organisation de la classe populaire, dans sa diversité, retisser ses organisations en les faisant meilleures, moins vulnérables au bureaucratisme et à la routine, démocratiques, aptes à unir en leur sein l’ensemble d’une classe populaire en mouvement , parce que chacun(e) y est libre et s’y sent chez soi, voilà ce qui peut être rival d’un vieux monde qui n’arrive plus à tenir ses promesses..

La place est immense, l’océan vaste, la terre à labourer sans presque de limites, pour que les forces prospèrent du moment qu’elles ne soient pas obsédées par la ligne bleue des maroquins et des postes.

Mais à condition de tous travailler à une organisation unifiée, un tissu cohérent , fondé sur l’auto-organisation, démocratique de l’ensemble des déshérités. Un parti ne remplit pas cette fonction mais il peut aider à ces objectifs..

 

baincgtnice.jpgLa classe ouvrière ?

Indépendance, force, unité et liberté .

Copas

Bonne année 2008 !

1 janvier 2008

 

(Reprise d’une intervention faite sur Bellacio à l’occasion du nouvel an)

Coup de torchon sur la gauche et les travailleurs…

Nous vivons une époque où les anciens puissants appareils qui organisaient, nous protégeaient et nousbateaufantomec3e70.jpg représentaient arrivent en phase terminale, en agonie.

Les partis de la gauche sont en lambeaux, une partie a accroché ses wagons au capitalisme et les postes que celui-ci veut bien lui octroyer.

L’autre partie ne sait plus comment réagir, ayant oublié totalement ce qui fit les puissances d’antan , en s’imaginant qu’appareils, élus, permanents, places dans les institutions, sont au centre de ce qui fait puissance et force d’un mouvement.

Il n’en est rien.

Une grande partie de ce qui fit la puissance des partis de gauche vint d’un subtil équilibre entre une puissante poussée des travailleurs et les concessions de la bourgeoisie (1936-1945-1968….).

Des partis entiers , des organisations syndicales, se sont créés sur cet équilibre. De nombreux permanents ont été embauchés sur la calcification superficielle des sables mouvants de la lutte des classes. Des représentants sont rentrés tous fiers en bombant le torse dans des postes électifs en oubliant complètement que leurs suffrages ne venaient pas fondamentalement d’une bonne campagne , d’un bon programme, mais de quelque chose en dehors du système démocratique corseté de la bourgeoisie : l’activité indépendante et autonome des travailleurs et de leurs organisations.

 

L’équilibre nourricier concédé par la bourgeoisie, quand elle y a été obligée, s’est vidé de sa force.

Cet équilibre là n’existe plus.

Les organisations qui se sont construites sur ce deal sont en train de voler en éclats. Et n’ont pas la moelle pour riposter, se défendre, n’ayant jamais été confrontées à ce type de défit, n’ayant été formées qu’à la gestion de cet équilibre capital-travail, recherchent désespérément un esprit de négociation en face (en face « une seule négociation, la guerre ! »), sans espoir évidemment sauf une mécanique de renoncements à l’infini.

Une autre partie de ces organisations, le PS, a rejoint là carrément l’en face, manœuvrant méthodiquement pour attaquer les travailleurs (TCE, retraites, privatisations….) et ayant compris que plus rien ne permettait de nourrir un appareil construit sur son rôle d’intermédiaire entre les travailleurs et le capitalisme . Le PS a donc quitté l’espace social-démocrate pour être pleinement dans l’espace qu’on appelle maintenant social-libéral.

L’espace politique laissé par le PS n’existe plus. Il n’y a plus d’espace social-démocrate permettant de nourrir un appareil ce qui amène à la question du PCF qui nourrit également dans une part importante de son appareil cette illusion, et encore plus dans des tendances les moins rigoureuses face au nouveau court du PS (les flottements dans les comités anti-libéraux, le phénomène Bové,…)

Il y a un espace bien plus à droite, dans le tandem PS-Modem, voir sarkozien,

Il y a un espace de classe, basique, incarné par une partie du PC dont le langage le plus clair est paradoxalement exprimé par Besancenot.

Mais il n’y a plus d’espace réformiste (même si beaucoup de travailleurs ont une espérance réformiste). Je parle là de ce qui nourrit un parti, une organisation.

2007 a été l’année de la compréhension de cette situation.

2008 doit être celle de la reconstruction.

Si les appareils fondent comme de la neige au soleil, des forces non négligeables existent encore à la base (qui seule importe), et elles ne doivent pas attendre l’arme au pied, attendre de se faire lentement suicider par des appareils qui errent comme des bateaux ivres.

 

En avant !

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